Le vichyste socialiste (ancien SFIO) Pierre Laval, était un européiste convaincu comme l’est aujourd’hui Emmanuel Macon.
Il faut lire le discours du chef du gouvernement de Pétain en date du 22 juin 1942 pour comprendre les racines de l’obsession européiste des sociaux-démocrates.
Beaucoup d’entre eux s’inscrivent dans un cadre idéologique étrangement proche de celui du chef du gouvernement de Vichy :
l’acceptation pragmatique d’un ordre continental dominé par une puissance hégémonique, au nom d’un « réalisme » supérieur aux principes nationaux ou moraux traditionnels.
Laval, le traitre, ne fut pas un fanatique nazi.
Il n’exaltait ni la race aryenne ni le Lebensraum (l’espace vital).
Son discours était celui d’un géopolitologue pragmatique assumé : la victoire allemande lui apparaissait comme le seul rempart crédible contre le bolchevisme, et surtout comme l’occasion historique de bâtir cette « Europe nouvelle et pacifiée » qu’appelleront aussi de leurs vœux des fédéralistes comme celui qui voulait la peau du général de Gaulle, Jean Monnet.
« Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. »
L’idéologie hitlérienne était secondaire pour Laval.
L’essentiel était l’ordre impérial : l’Allemagne devait imposer un cadre continental unifié qui permettrait à la France de trouver « une place digne d’elle ».
Laval parlait même d’une « révolution » apportant un socialisme adapté au génie national français.
L’important n’était pas pour lui le détestable contenu doctrinal allemand, mais sa dynamique unificatrice.
L’Europe était supposé remplacer le nationalisme étroit.
« On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe… »
La Realpolitik l’emportait sur l’honneur : mieux vaut collaborer (Relève, envoi de travailleurs) que subir l’anéantissement.
Le sacrifice partagé (les ouvriers français en Allemagne pour libérer les prisonniers) devenait ainsi pour l’européiste un acte de patriotisme continental.
Le parallèle avec le conflit en Ukraine est troublant par sa symétrie structurelle, même si les contextes diffèrent.
Le prétexte unificateur
En 1942, la guerre allemande contre l’URSS sert de force motrice à la « nouvelle Europe ».
Laval y voit le levier pour dépasser les vieux nationalismes et intégrer la France dans un ensemble réorganisé.
Aujourd’hui, pour une large partie des élites européistes et atlantistes, l’Ukraine (et sa résistance à l’invasion russe amplement provoquée) joue un rôle symétrique : catalyseur d’une intégration accélérée (défense commune, budgets mutualisés, sanctions, élargissement, « conscience européenne » face à la menace).
Le conflit justifie ce qui était impensable en temps de paix : transferts massifs de souveraineté, alignement stratégique, dette commune, réorientation industrielle vers le militaire.
L’idéologie mise entre parenthèses
Laval n’était pas un national-socialiste fervent ; il voulait instrumentaliser l’ordre allemand pour son projet d’ordre impérial européen dans lequel il espérait une « place digne » pour la France.
De la même manière, une partie du discours pro-ukrainien et pro-intégration européenne minimise ou excuse le passé trouble de l’Ukraine (collaboration avec les nazis, Bandera et l’OUN-UPA, massacres de Polonais en Volhynie, glorification de criminels de guerre antisémites) ainsi que son ethno-nationaliste, contraire du bon nationalisme à la Renan, la corruption endémique, les questions des minorités et les vœux réels des populations du Donbass.
L’essentiel devient le grand récit unificateur : « défendre l’Europe », « nos (prétendues) valeurs », «stopper l’agresseur qui veut (prétendument) redessiner les frontières ».
La Russie joue le rôle du bolchevisme : une menace existentielle justifiant tout.
L’alternative vitale
Laval : ou bien nous nous intégrons « notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés » dans une Europe nouvelle, ou bien notre civilisation disparaît.
Macron 2026 : ou bien l’Europe s’unit derrière l’Ukraine, renforce son autonomie stratégique et son « destin commun », ou bien elle se disloque face à la Russie, à la Chine et à l’Histoire, et perd son rang.
L’appel au sacrifice partagé
Laval appelait les ouvriers à partir en Allemagne pour la Relève et la construction de l’Europe.
Aujourd’hui, on demande aux Européens d’accepter l’inflation énergétique, les coûts militaires massifs, l’accueil de millions de réfugiés, la réindustrialisation orientée défense, et parfois même la perspective d’une confrontation élargie, au nom de la « solidarité européenne » et de la « victoire » ukrainienne qui scellera enfin l’unité du continent.
Conclusion
L’ordre des nations souveraines, même imparfait, a historiquement mieux préservé la paix que les tentatives impériales d’unification forcée (Napoléon, Hitler, et aujourd’hui l’expansionnisme technocratique et supranational de l’UE).
Laval se moquait implicitement des grands principes de 1918 ou de la Résistance : l’idéologie compte peu dès lors qu’elle permettait l’unification continentale sous une puissance dominante.
La ressemblance n’est évidemment pas totale — l’Ukraine n’est pas l’Allemagne nazie, et l’UE n’est pas le IIIe Reich, elle n’en possède pas la totalité des caractéristiques.
Mais la structure mentale est frappante : un réalisme géopolitique qui justifie l’impensable au nom d’un « destin européen » supérieur, tout en fermant les yeux sur les zones d’ombre de l’allié du moment.
Laval pensait sauver la France en s’alignant.
L’Histoire a tranché.
Les européistes d’aujourd’hui parient que l’Histoire leur donnera raison.
Le temps, là encore, jugera.
Cf. : Discours de l’européiste Pierre Laval : « Je souhaite la victoire de l’Allemagne… » (22 juin 1942) : https://clio-texte.clionautes.org/laval-collaboration-je-souhaite-la-victoire-de-lallemagne-22-juin-1942.html
très instructif. Merci beaucoup
J’aimeJ’aime
Fort intéressant ! Merci – Stephen G Hürner
J’aimeJ’aime