Le récit dominant des dirigeants européens sur la guerre en Ukraine, qui a débuté en 2014, est biaisée puisqu’il répond à un objectif qui n’est pas scientifique mais géopolitique.
Ce faisant, il occulte des dynamiques internes cruciales et manipulation en quelque sorte l’histoire, c’est à dire ce qui s’est réellement passé.
Les événements du 31 août 2015 à la Verkhovna Rada, le parlement ukrainien, où des groupes ultranationalistes ont joué un rôle déterminant dans l’échec des accords de Minsk, pourtant essentiels pour apaiser le conflit dans le Donbass, illustre comment l’ultranationamisme ukrainien a détruit toute chance de paix.
Ce jour-là, le parlement ukrainien adoptait en première lecture un projet de loi de décentralisation, une obligation découlant des accords de Minsk II signés en février 2015.
Ce texte, proposé par le président Petro Porochenko, prévoyait d’accorder une autonomie limitée aux territoires du Donbass, conformément aux engagements internationaux visant à instaurer un cessez-le-feu durable et une solution politique au conflit.
Cependant, cette initiative suscita une opposition farouche de la part de deux partis ultranationalistes : le Parti radical d’Oleh Lyashko (22 députés) et Svoboda (6 députés).
Ensemble, ces formations représentaient moins de 7 % des 423 sièges effectivement occupés à la Rada en 2015, mais leur influence était disproportionnée.
Le 31 août, alors que le projet de loi venait de passer en première lecture avec 265 voix pour, des manifestations violentes éclataient devant le parlement.
Des militants ultranationalistes, notamment affiliés à Svoboda, orchestrèrent des actions chaotiques, violentes, pour faire pression sur les parlementaires et empêcher l’adoption définitive du texte, qui nécessitait une majorité qualifiée de 300 voix pour être inscrit dans la Constitution.

Dans de chaos, une grenade lancée dans la foule par un manifestant, identifié comme membre de Svoboda, explosa au milieu des forces de l’ordre, tuant trois membres de la Garde nationale et blessant plus de 140 personnes, y compris des manifestants et des agents.
Les images ci-dessous montrent des soldats ensanglantés, traînés hors de la zone de chaos, et des officiers en civil évacués d’urgence.
Ces violences marquèrent un tournant décisif, transformant un débat législatif en une tragédie.
Le président Porochenko qualifia ces actes de « coup de poignard dans le dos » de l’Ukraine, dénonçant une action « anti-ukrainienne » devant être sévèrement punie.
Le Premier ministre Arseniy Yatseniouk (choisi par Victoria Nuland avant le coup d’État de Maïdan) alla encore plus loin, accusant les ultranationalistes d’être « pires » que les séparatistes soutenus par la Russie, en raison de leur volonté de déstabiliser le pays sous couvert de patriotisme.
Malgré la condamnation internationale de ces violences, y compris par les États-Unis, l’Allemagne, la Russie et l’Union européenne, et l’appel du président du Conseil européen Donald Tusk à mettre en œuvre le texte avant la fin de l’année 2015, aucune pression efficace ne fut exercée sur Kiev pour faire aboutir les accords de Minsk.
En conséquence, le projet de loi de décentralisation ne fut jamais adopté et le conflit s’enlisa.
Cet épisode n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’influence démesurée et néfaste des groupes ultranationalistes en Ukraine.
Bien qu’ils représentaient moins de 7 % des députés, leur capacité à produire des actions violentes et leur rhétorique agressive leur conférèrent un poids politique allant bien au-delà de leur représentation parlementaire.
Ce phénomène fut la résultante du soutien, explicite ou implicite, de certains acteurs occidentaux, notamment des figures néoconservatrices américaines comme Victoria Nuland, alors sous-secrétaire d’État, ou le sénateur John McCain, qui affichèrent ouvertement leur proximité avec des mouvements nationalistes ukrainiens dans le contexte de la confrontation avec la Russie.

Cette alliance tacite entre des ultranationalistes ukrainiens, mus par une idéologie ethnonationaliste – bien éloignée du nationalisme inclusif prôné par Ernest Renan – et des intérêts géopolitiques anglo-américains a contribué au désastre actuel.
Loin de promouvoir une paix durable, cette dynamique exacerba les tensions internes et externes, sapant les efforts de réconciliation prévus par les accords de Minsk.
Les dirigeants européens, en fermant les yeux sur l’intransigeance de ces groupes et en adoptant un récit simpliste qui attribue la responsabilité quasi exclusive du conflit à la Russie, ont manqué à leur devoir de lucidité et de responsabilité.
À cet égard, le livre de Benoit Paré, observateur de l’OSCE, confirme l’hypocrisie occidentale dans le conflit ukrainien et met en lumière cette duplicité.
Ce double standard a non seulement entravé une résolution pacifique du conflit, mais a aussi contribué à la tragédie ukrainienne.
En conclusion, l’occultation volontaire du rôle des ultranationalistes dans l’échec des accords de Minsk, illustré par le drame du 31 août 2015, et l’incapacité des dirigeants européens à confronter cette réalité révèlent une volonté d’occulter la partie peu glorieuse de l’histoire.
Cette omission volontaire ou inconsciente fausse la compréhension du conflit ukrainien et met en lumière la nécessité d’un récit honnête, qui prenne en compte toutes les dynamiques internes et externes à l’œuvre.
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