Avant d’aborder le cœur du sujet, il est utile de distinguer les deux principales formes de naturalisme.

Le naturalisme fort, proche du matérialisme philosophique ou de l’émergentisme (cf. Mario Bunge), postule que le monde physique constitue la totalité de l’existence.

Il rejette ainsi l’idée d’une surnature peuplée d’entités immatérielles, comme les anges, les dieux ou les idées platoniciennes.

Dans cette perspective, l’existence d’une surnature est une hypothèse arbitraire et superflue, car seule la réalité testable, directement ou indirectement, est pertinente.

À côté de ce naturalisme fort existe une version plus nuancée : le naturalisme faible.

Celui-ci admet, sans pouvoir le démontrer, l’existence possible d’une surnature, mais considère que la nature est causalement fermée, c’est-à-dire qu’aucune interaction n’a lieu entre la nature et cette surnature.

Ce cadre permet à la science de prospérer en se concentrant sur les phénomènes naturels.

Un système radicalement différent, l’occasionnalisme, accorde peu de valeur à la science.

Défendu par des penseurs comme Malebranche ou Al-Ghazali, et influent dans l’orthodoxie sunnite, l’occasionnalisme soutient que Dieu est la cause ultime de tout phénomène, la matière étant passive et incapable d’agir par elle-même.

Dans ce cadre, les explications surnaturelles priment sur l’observation, la mesure ou l’expérimentation, car les phénomènes naturels seraient soumis à une volonté divine imprévisible.

Ainsi, la science perd sa capacité à établir des causalités fiables.

Le Coran reflète cette conception occasionnaliste, notamment dans le verset 145 de la sourate 3 :

« Nul ne peut mourir sans la permission d’Allah, à un moment prédéterminé. À celui qui recherche la récompense d’ici-bas, Nous la donnons ; à celui qui recherche celle de l’au-delà, Nous la donnons. Et Nous récompenserons bientôt les reconnaissants. »

Ce verset suggère que la mort, loin d’avoir une cause exclusivement naturelle, résulte d’une décision surnaturelle.

Cette affirmation peut être facilement contestée par des données empiriques.

En 1960, par exemple, l’espérance de vie des femmes était de 73 ans en France, contre 47 ans en Arabie Saoudite, soit un écart de 26 ans.

Si l’on accepte que ce verset exprime une vérité divine immuable, cela impliquerait que Dieu, pour des raisons inconnues, favorisait alors les Françaises en leur accordant une vie plus longue.

Or, aujourd’hui, l’espérance de vie des Saoudiennes a grimpé à 76 ans, contre 85 ans pour les Françaises, réduisant l’écart.

Cette évolution contredit l’idée d’une causalité surnaturelle arbitraire et met en lumière les facteurs naturels et sociaux (santé, éducation, conditions de vie) qui expliquent ces différences.

En définitive, l’occasionnalisme coranique reflète une vision archaïque des phénomènes naturels, telle que la mort.

Les rédacteurs du Coran, influencés par les croyances de leur époque, ont projeté ces conceptions dans des versets que certains musulmans continuent de considérer comme la parole divine.

Une approche scientifique et critique permet de dépasser ces interprétations en faveur d’explications fondées sur des causes naturelles observables.