Il y a deux ans BFMTV se livrait à un exercice de « damage control », « contrôle des dommages » en français.

D’une manière générale, le contrôle des dommage peut consister notamment à :

Limiter la propagation de l’information négative

Cela peut passer par la mise en place d’une communication de crise, la tentative de discréditer les sources de l’information, ou encore le détournement de l’attention vers d’autres sujets.

Atténuer l’impact de l’événement: Il s’agit de minimiser la gravité des faits, de présenter une version alternative de l’histoire…

Produire des démentis: Un politicien accusé de corruption peut nier les faits en bloc ou présenter une version alternative de l’histoire.

S’excuser : Un politicien peut présenter des excuses publiques pour une erreur ou une déclaration controversée.

Licencier du personnel: Un politicien peut limoger des collaborateurs impliqués dans un scandale.

En octobre 2022 justement, BFMTV produisait cet article aux fins de contrôle des dommages provoquée par une intervention honnête d’une de ses reporters.

La communication écrite de BFMTV commence ainsi :

« Le 19 octobre 2022, au cours de son duplex, notre journaliste Anne-Laure Banse a évoqué les propos du général Sourovikine, qui avait fait état d’une situation « tendue » sur le terrain. 

 Elle a ensuite expliqué que la ville de Kherson était désormais « la cible régulière de frappes ukrainiennes qui visent des infrastructures comme des hôpitaux ».

« Son duplex a été interrompu à cet instant précis, suscitant de nombreuses accusations de « censure en direct » sur les réseaux sociaux. »

BFMTV a réagi aux accusations de censure de sa journaliste Anne-Laure Bance au moyen du narratif suivant :

« Sur les réseaux sociaux, des comptes complotistes accusent BFMTV de « censure » après l’interruption d’un duplex de nos envoyés spéciaux dans la région de Kherson en Ukraine. » Il ne s’agit en réalité qu’une rupture de faisceau : un problème technique courant sur les terrains de guerre. »

Sur la coupure, BFM nous demande de la croire sur parole sans apporter la moindre preuve. 

Passons.

Considérerons le dernier paragraphe qui, selon nous, est particulièrement maladroit :

« Le duplex a donc été interrompu en raison d’une rupture de faisceau, et non pas volontairement, empêchant notre journaliste de préciser que, en parlant des « frappes ukrainiennes qui visent des infrastructures comme des hôpitaux » 

« Elle évoquait ici la version des autorités russes sur la contre-offensive menée par Kiev. »

BFM fait d’une pierre deux coups, non seulement elle caractérise la coupure comme accidentelle, mais surtout elle incorpore dans son explication, une théorie auxiliaire ad hoc, pour affirmer que la journaliste, lorsqu’elle parlait des « frappes ukrainiennes qui visent des infrastructures comme des hôpitaux », ne faisait que reproduire le narratif russe. 

Et BFM, de nous expliquer que c’est parce qu’elle fut coupée qu’elle ne put expliquer qu’elle n’avait fait « qu’évoquer la version russe. »

Or, la transcription exacte des propos de la journaliste est la suivante :

« …la ville de Kherson, je vous le rappelle, elle est occupée et a été annexée par l’armée russe fin septembre et elle est désormais la cible régulière de frappes ukrainiennes qui visent des infrastructures comme des hôpitaux. » 

« Ah, on a perdu Anne Laure Bance ».

Il est à noter qu’à aucun moment, Christophe Delay ne tente de récupérer la communication. 

Pour lui, le constat est clair : la communication est irrémédiablement perdue.

Un communicant non stupide aurait choisi une autre argumentation afin de défendre l’indéfendable.

Il aurait tout simplement déclaré que les hôpitaux étaient utilisés par les Russes pour abriter du matériel et du personnel militaire.

L’usage d’un tel argument n’aurait ainsi pas contredit les propos de cette journaliste tout en restant sur la ligne.

D’ailleurs, le 13 mars 2022 à 20 h 30 sur France 2, Maryse Burgos expliquait naïvement que les femmes ukrainiennes utilisaient les écoles comme usine de fabrication des cocktails Molotov.

Les gesticulations de BFMTV pourraient faire rire, mais le sujet est grave.

Que l’on soit pour la poursuite du soutien militaire à l’Ukraine ou pour son arrêt, n’est pas la question.

Les vraies questions sont celles de liberté de la presse, du double standard (deux poids, deux mesures) et surtout de ses conséquences sur la cognition de nos concitoyens.

La propagande otanesque est génératrice de dissonnance cognitive, le bon sens étant étouffé par l’usage d’un voile conceptuel abstrait édifié entre la pensée et le réel, qui incite l’individu à ne plus faire confiance à son propre jugement.

Or Waldo Emerson fondait la démocratie effective (non formelle) sur la confiance en soi.

Cette confiance en soi étant mise à mal par cette injonction consistant à adhérer à des thèses abracadabrantesques et à abandonner sa confiance en soi, c’est la démocratie que l’on écharpe.