Dans un fabuleux discours, Roy Atkinson nous explique pourquoi il défend la liberté d’expression dont il a pu jouir avec tant de délectation pendant toute sa carrière.

https://www.scienceandfreedom.org/fr/videos/rowan-atkinson-on-free-speech/

Il se déclare conscient que sa notoriété le protège contre les accusation d’opinions « incorrectes », mais s’inquiète pour ceux dont la position sociale ne les met pas à l’abri de poursuites judiciaires.

Il cite notamment l’affaire « Sam Brown », du nom d’un étudiant à Oxford, arrêté pour « harcèlement » après avoir qualifié un cheval de police de « gay » lors d’une soirée étudiante, celle de cet adolescent de 15 ans poursuivi pour avoir brandi une pancarte qualifiant la Scientologie de « secte » lors d’une manifestation pacifique.

Ces anecdotes lui rappelaient un sketch satirique passé dans la fiction « Not the 9 o’clock News » où un policier raciste, joué par Griff Rhys Jones, arrêtait un homme noir pour des motifs aussi absurdes que « marcher sur les fissures d’un trottoir » ou « porter une chemise bruyante ».

« Je n’aurais à l’époque jamais imaginé qu’une simple fiction puisse se transformer en une réalité aussi absurde », dit-il en substance.

Alors qu’un commentateur voyait dans l’abandon des poursuites de l’affaire du « Gay Horse » et de la Scientologie une preuve du bon fonctionnement de la justice, il considère dans son discours que cette interprétation occultait le fait que ces affaires avaient été abandonnées que sous la pression médiatique, et que même pour ces affaires classées, les personnes concernées furent arrêtées, interrogées, traduites en justice, avant d’être finalement relâchées.

Loin de démontrer l’efficacité de la justice, cela illustre selon RA une censure latente, où la menace de sanctions agit comme un puissant moyen de dissuasion.

Atkinson met en lumière le risque d’une société où l’intolérance à certaines formes de discours conduit à une nouvelle forme d’autoritarisme sous couvert de bienveillance et de justice.

Criminaliser le langage offensant ou même insultant, pose un problème.

Une critique peut être perçue comme une insulte, tout comme le sarcasme, une comparaison peu flatteuse ou simplement un point de vue divergent de la pensée dominante.

Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle intolérance, où les paroles jugées « indécentes » (décence : quel mot idiot) ou inconfortables sont criminalisées.

« Ceux qui prônent cette forme de censure prétendent ne pas être intolérants, mais simplement intolérants à l’intolérance. Cette déclaration, lorsqu’on y réfléchit, ne fait que remplacer une forme d’intolérance par une autre » dit-il.

L’idée la plus judicieuse de son argumentation est que l’augmentation de la sensibilité face aux discours offensants affaiblit la résilience sociale.

« Si nous voulons renforcer la société face aux discours insultants ou offensants, nous devons permettre leur circulation. Comme pour les maladies infantiles, notre résistance s’accroît avec l’exposition. »

L’hypersensibilité aux discours dits « offensants » est une pathologie qui doit être traitée.

« La réponse aux discours haineux n’est pas moins de discours, mais davantage de discours. Si nous voulons une société forte, nous devons encourager un dialogue robuste, et cela inclut le droit d’offenser. »

Comme le disait Lord Dear : « La liberté d’être inoffensif n’est pas une liberté. »

Geoffrey Dear

Il est temps de freiner cette culture rampante de la censure et de lutter contre cette « industrie de l’indignation » que Salman Rushdie dénonçait si bien.

Atkinson compare cela à une immunité qui ne peut se développer que par l’exposition et non pas par la valorisation d’une hypersensibilité pathologique.

Il prône un dialogue ouvert et une confrontation des idées, soulignant que la réponse aux discours jugés intolérants ne devrait pas être de les faire taire, mais de les contredire par un discours plus charpenté et plus éclairé.

Selon lui, la liberté d’expression, y compris le droit d’offenser, est essentielle pour garantir un débat ouvert et pour préserver la robustesse d’une société démocratique.

La criminalisation de certains discours, même insultants ou offensants, crée une atmosphère de censure préventive, où la simple peur de sanctions dissuade les citoyens de s’exprimer librement.

Il dénonce une culture qui encourage l’indignation publique et pousse les autorités à agir de manière disproportionnée face à des commentaires souvent insignifiants.

Atkinson avance que ce phénomène engendre un climat de méfiance et de répression, où l’on préfère étouffer les discours critiques plutôt que d’y répondre par la discussion et l’échange d’idées.

En somme, Atkinson plaide pour une société capable d’absorber et de traiter les propos inconfortables sans recourir à la répression.

Il défend la thèse selon laquelle la liberté d’expression ne doit pas être limitée à ce qui est inoffensif ou agréable, car cela revient ni plus ni moins qu’à vider cette liberté de sa substance.

Pour lui, c’est dans le dialogue, même difficile, que se trouvent les solutions, et non dans la censure juridique.

Seule exception, selon nous, l’appel au meurtre.