L’horreur terroriste qui a meurtri Israël le 7 octobre 2023 produit un sentiment étrange qu’il convient de démêler.

Après l’immense tristesse et l’émotion qui ne furent malheureusement pas partagées par tous, suivies par la riposte d’Israël, les feux médiatiques se projetèrent sur le sort de ces palestiniens enfermés depuis des décennies dans un territoire exigu d’une densité morbide.

Le triste sort subi par les Palestiniens éclipsa très rapidement, trop rapidement, les atrocités commises par les terroristes assassins du Hamas, assoiffés de sang, de viols, de violences et de vengeance.

Certains acteurs politiques français qualifieront même le Hamas d’armée de résistance s’abstenant sciemment de prononcer le mot « terroriste ».

Pourtant lorsque l’on veut qualifier une organisation, au moins deux critères s’offrent à nous : L’examen des buts et celui des moyens.

Les buts du Hamas sont au moins au nombre de trois :

1°) A minima : se voir reconnaitre une souveraineté sur GAZA et à terme sur les territoires occupés comme la Cisjordanie ;

2°) Éradiquer Israël ;

3°) Installer un état islamique ;

Parmi les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs, il y a des luttes d’influence, l’usage de la propagande mais surtout le terrorisme qui vise des populations civiles innocentes et dont l’effet désiré est de créer un niveau de terreur et d’horreur apte à marquer les esprits et à signifier : « Vous ne vivrez jamais tranquilles tant que nous n’aurons pas obtenu la satisfaction de nos revendications. »

Compte tenu de ces éléments, parler de « résistance » n’est pas approprié.

Au delà des atrocités commises par les terroristes du Hamas, il convient d’examiner leurs effets parmi lesquels, la réactivation d’une perspective de solution à deux États semble réactivé. Et dans mon esprit il s’agit du seul effet secondaire positif.

Parfois, le mal produit le mal. Il en fut ainsi pour l’intervention des US en IRAK. Une telle configuration entre cause et effet est simple et évite les nœuds au cerveau.

Mais comment un mal absolu peut-il produire un bien ?

Peut-on se réjouir d’un bien produit par un mal abominable ?

Ici ce qu’il convient d’examiner n’est pas l’acte terroriste per se mais ses effets.

Si nul ne peut contester que cet acte terroriste soit le mal absolu, s’agissant de ses effets, il s’agit de ne pas commettre l’erreur que souligne Aristote :

« Affirmer que le bien serait « un » et commun à tout ou qu’il existerait séparément par lui-même reviendrait à en faire une entité irréalisable et inatteignable par l’Homme ».

« Justice » est le nom d’un fameux cours dispensé aux étudiants en droit à Harvard en première année.

Une question y est examinée sous toutes les coutures :

Peut-on produire sciemment un mal pour obtenir un plus grand bien ou pour réduire un plus grand mal ?

En d’autres termes, peut-on produire en connaissance de cause un mal qui pèserait 10 kilo, si tant est que l’on puisse peser le mal ou le bien, pour obtenir une tonne de bien en plus ou une tonne de mal en moins ?

Ce débat est bien connu. Il est celui celui de l’utilitarisme et de la morale. Pour autant, il ne correspond pas exactement à notre sujet qui pourrait se résumer à la question suivante :

Peut-on se réjouir d’un bien produit par un mal ?

Admettons que les cerveaux du Hamas aient pu anticiper le cycle suivant :

Attentats => Réaction de Tsahal (prévisible eu égard au caractère connu de Benjamin Netanyahu) => Production de victimes palestiniennes => Focus sur le sort des Palestiniens => réactivation de la perspective d’une solution à deux états.

Encourager la réactivation de la perspective d’une solution à deux États ne revient-il pas à transformer la stratégie du Hamas en « succès » et à faire in fine du Hamas un gagnant ?

La question qui se pose pour une personne qui comme moi considèrent que la solution à deux États est souhaitable est donc la suivante :

Puis je, sans culpabiliser, me réjouir de la réactivation de la perspective de la solution à deux états et ce faisant, involontairement, participer à la transformation de la stratégie du Hamas en succès ?

Charles Baudelaire formulerait cette question comme il suit :

« Des fleurs peuvent-elles pousser sur des tas de fumier, sur l’immondice, sur le Mal, sur des cadavres ? »