Nous avons évoqué dans nos précédents développements le couple accommodation/assimilation cher à Jean Piaget. Ces deux concepts sont particulièrement féconds. Parler d’assimilation ne doit pas être compris comme le fait de rendre semblable à soi, mais comme une demande faite à l’étranger qui arrive sur le territoire de France d’assimiler les composantes fondamentales de l’esprit français de sorte à enrichir son être de l’esprit français.
Encore une fois, il n’est pas question pour le pays d’accueil de rendre l’étranger semblable à une représentation stéréotypée du citoyen français. Il s’agit au contraire de proposer à l’étranger d’incorporer dans son esprit un noyau de schèmes conceptuels et culturels visant à l’enrichir et à accroitre sa liberté.
Cette méprise volontaire ou involontaire, entre ces deux conceptions, profite évidemment aux entrepreneurs du multiculturalisme pour lesquels il est préférable de ne pas inséminer dans l’esprit d’un membre d’une communauté un noyau d’idées lui permettant d’ouvrir son esprit et de nature à l’émanciper d’une identification forcée à un moi narratif figé déterminé par une identité collective.
Générer chez le nouvel arrivant un véritable enrichissement cognitif et non pas le rendre semblable à soi, lui insuffler le but ultime du perfectionnement qui passe par l’accroissement de sa liberté d’esprit, et ce, à travers une multiplication des modes d’appropriation du réel, lui fournir un nécessaire de toilette épistémique, de sorte qu’il puisse s’extirper des déterminismes sociaux qui abaissent l’humanité, lui fournir une connaissance minimum de sa propre machine cognitive, tels sont les éléments fondamentaux qui devraient constituer le socle de l’intégration à la française.
Si l’identité collective n’est qu’une abstraction qui emprisonne et confine l’intelligence humaine, pourquoi vouloir promouvoir le sentiment d’appartenance à la nation ? En réalité, la nation ne repose pas exclusivement sur ce sentiment d’appartenance, elle s’inscrit sur un territoire, dans une langue et une histoire commune. Ces points d’ancrage sont bien réels. Je suis français, car je vis en France. Je suis français, car je pense en français.
Pour autant, la nation française, et c’est heureux, n’est pas fondée sur un critère ethnique, racial ou ethnoreligieux, mais sur ce sentiment d’appartenance, cher à Ernest Renan[1], à une communauté d’idées qui forme l’esprit français.
Nous l’avons expliqué, un être humain ne peut assimiler un objet extérieur seulement s’il dispose de schèmes préexistants lui permettant de l’incorporer dans son esprit. Ainsi, il arrive parfois qu’un nouvel arrivant ait déjà en soi les principales idées, les principaux schèmes de pensée, constituant l’esprit français. Pour ce dernier, l’intégration se passe le plus souvent dans les meilleures conditions. Dans le cas contraire, pour qu’une personne puisse s’enrichir de l’esprit français, elle devra incorporer de nouveaux schèmes de pensée et ainsi étoffer sa pensée.
Il importe de rappeler que l’enrichissement constitué par l’incorporation de nouveaux schèmes de pensée ne supprime pas les schèmes culturels préexistants. Tout au plus, il pourra générer parfois un phénomène de dissonance cognitive susceptible de disparaitre avec le temps. Il ne s’agira donc pas d’effacer la culture de l’étranger qui arrive sur le territoire, mais de l’enrichir des moyens et des concepts que la nation française lui offre pour viser le progrès de l’esprit humain indissociable de l’accroissement de la liberté individuelle.
Ainsi la Nation française n’assimile pas au sens étymologique du terme, elle ne rend pas semblable à elle ce qui est initialement différent, mais elle exige que l’étranger assimile l’esprit français, non pas en remplacement de ses propres idiosyncrasies, mais en supplément, à titre d’enrichissement.
L’idéal de perfectionnement de l’esprit humain ne doit pas être confondu avec l’idéal de l’amélioration de la condition humaine qui n’assure en rien la conservation de l’intégrité cognitive de l’être humain. Ce qui doit être visé, c’est la multiplication des modes d’appropriation du réel, avec comme prérequis une ouverture d’esprit qui passe par la prise de conscience des phénomènes d’identification du « Je » à ce moi narratif construit, objet de toutes les convoitises des entrepreneurs de l’identité.
L’esprit français appelé à germer dans l’esprit de chaque individu doit consister en cette volonté de rendre l’univers toujours plus signifiant, d’enrichir la pensée, d’inséminer l’esprit de la philosophie des sciences dans l’appareil cognitif humain, d’inciter chacun à adopter une hygiène épistémique et de progresser vers la connaissance de sa propre machine cognitive.
Maximiser les croyances vraies et minimiser les croyances fausses[2], valoriser les idiosyncrasies personnelles, chérir la pensée analytique indépendante, protéger l’individu contre le biais de conformité social, lui permettre de se délester des superstitions et des traditions qui entravent son développement pour avancer vers la liberté et le perfectionnement, tels devraient être les bénéfices de l’assimilation par chaque individu de l’esprit français.
L’esprit français s’oppose au rétrécissement la pensée. Au contraire, il doit permettre de multiplier les ponts entre l’intellect et le réel. Cet esprit pourrait être comparé à une graine qu’il conviendrait de déposer dans l’esprit de ceux qui sont accueillis par notre nation, non pas pour les conditionner, mais pour les aider à dépasser les déterminismes sociaux et culturels qui empêchent l’émancipation individuelle, pour enrichir leur pensée et leur permettre de progresser vers toujours plus de liberté individuelle, prérequis indispensable au perfectionnement de leur être.
[1] Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ? Flammarion.
[2] Hamid Vahid, The epistemology of belief, Palgrave Macmillan.
* Extrait du livre « Activismes : Quand l’idéologie menace l’intégrité cognitive et la liberté de l’espèce humaine » Paru le 12 octobre 2023 Essai (broché) – VA ÉDITIONS
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