« Si Dieu crée un monde dans lequel certaines propositions sont vraies, il crée du coup un monde dans lequel sont valables toutes leurs conséquences. » nous dit Ludwig Wittgenstein.
Justement un logicien qui s’intéresserait aux conséquences logiques du dogme du caractère incréé du Coran, ne pourrait que relever les multiples contradictions et non-sens qui en découlent, que ce soit le message immatériel (transmis par l’archange Gabriel) qui soit incréé ou la retranscription de son sens en arabe par Mahomet
Dire que le Coran est incréé revient à affirmer que le Coran existerait de toute éternité et n’aurait donc jamais été créé.
Lorsque que l’on s’intéresse à un dogme, il est essentiel de toujours comparer les coûts nécessaires à sa survie avec les bénéfices qu’il procure.
Lorsqu’un dogme n’a jamais cessé de générer des discussions qui s’étalent depuis des siècles et perdurent encore aujourd’hui, c’est que le dogme en question pose problème.
« Poser problème » ne signifie pas pour autant qu’il soit indécidable mais que son maintien quelle que soit la valeur de vérité dudit dogme est vu comme une nécessité politique vitale.
Concrètement, la défense de ce dogme est très couteuse en énergie et génère une production littéraire extrêmement volumineuse tant ses conséquences logiques confinent à des apories. Le travail de réfutation (artificielle) des conséquences de ce dogme est sans fin.
Ainsi les mécanismes de défense mis en place pour le maintenir sont nécessairement très importants, les « savants » religieux n’ayant jamais cessé de se mobiliser pour maintenir cette pierre angulaire dogmatique.
Mais pourquoi donc le dogme du caractère incréé du Coran, est-il soutenu coûte que coûte par le consensus ?
La théorie de l’évolution nous apprend que si un mécanisme biologique est couteux en énergie c’est que ce mécanisme joue ou a joué un rôle vital.
Avant de démontrer que de ce dogme dépend une vision suprémaciste de l’Islam, il faut dans un premier temps l’expliciter.
Dans le paysage cognitif de l’orthodoxie sunnite, il existe deux entités n’ayant jamais été engendrées, Dieu et le Coran, Dieu n’étant pas le créateur du Coran, ce dernier lui étant en quelque sorte consubstantiel puisque le Coran est censé être la parole littérale de Dieu.
Si l’on admet cette affirmation, comment traiter les versets coraniques qui se contredisent ?
Pour répondre à cette question, les savants religieux, cette fois-ci, ne réquisitionnèrent pas le mécanisme de défense habituel consistant à voir de la polysémie partout afin de tordre le coup au sens manifeste d’un verset posant problème.
Ainsi, il ne contestèrent pas l’existence de versets contradictoires contenus dans le Coran.
Au contraire pour tenter de résoudre cette difficulté substantielle, ils élaborèrent la théorie de l’Abrogeant/l’Abrogé selon laquelle, le verset le plus récent abrogerait le plus ancien en s’appuyant sur certains versets du Coran comme celui-ci :
« Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? » — Le Coran, « La Vache », II 106 »
En toute logique, il résulte donc de la combinaison de cette théorie et du dogme du caractère incréé du Coran, que de toute éternité le Coran n’a jamais cessé d’intégrer des contradictions, de comporter de très bons versets, d’autres un peu moins bons, et d’autres méritant d’être abrogés ou « suspendus » .
Question : Comment un texte qui prétend être la parole littérale de Dieu pourrait-il contenir de toute éternité des contradictions, des versets destinés de toute éternité à être remplacés par de meilleurs versets ?
A cette question, il serait simple de répondre qu’en réalité le Coran ne fut pas incréé mais fut simplement un production humaine inspirée par Dieu et que beaucoup de versets ne furent que des versets de circonstance, c’est à dire adaptés à la réalité sociologique d’un temps et d’un lieu.
Mais une telle réponse vient saper la fonction suprémaciste de ce dogme.
Alors dans quel but le dogme du Coran incréé a-t-il été créé ?
Justement, l’élaboration de ce dogme fut dès l’origine contrainte par un but.
Il s’agissait de bâtir une conception permettant de soutenir de manière artificielle que le Coran était chronologiquement premier et que par conséquent toute contradiction avec la bible hébraïque ou le nouveau testament, ne pouvait qu’être le résultat d’une falsification de leurs propres écritures par les juifs et/ou les chrétiens.
La question qui se posait donc au théologien musulman était la suivante :
Quel dogme dois-je mettre en place pour assurer la primauté du Coran, donner foi à la thèse coranique de la falsification des écritures par les juifs et les chrétiens, et ne pas laisser penser que la présence de scripts bibliques façon judéo-chrétienne contenus dans le Coran, était simplement le résultat de l’exposition de Mahomet aux traditions orales véhiculées par les rabbins et les moines qui circulaient dans la péninsule arabique ?
Les théologiens choisirent de répondre à cette problématique en instituant un dogme répondant à l’ensemble de ces objectifs, à savoir la proposition du caractère incréé du Coran.
Aujourd’hui, le maintien de ce dogme est essentiel pour les instances musulmanes attachées à une vision suprémaciste de l’Islam et il convient pour eux de ne surtout pas adopter la pensée réformatrice mutazilite.
Ce dogme est tellement important qu’il fait partie du programme d’endoctrinement des enfants auxquels cette vision suprémaciste de l’Islam est inculquée.
Exemple de littérature religieuse enfantine :
Afin d’étayer notre propos possible, nous avons sélectionné quelques morceaux choisis tirés de deux livres pour enfant[i], « Le Coran expliqué aux enfants » que nous désignerons « CEE » et «40 Hadiths…40 histoires…» pour lequel nous utiliserons l’abréviation « 40Hs ».
Voici donc comment la thèse de la falsification des écritures par les juifs et les chrétiens est enseignée aux enfants et comment l’idée que l’Islam, est la seule vraie religion leur est inculquée.
« D’autres (les juifs et les chrétiens) avaient reçu la révélation mais ils l’avaient transformée pour avoir des privilèges. » (CEE Page 63) – « Il changèrent les paroles d’Allah » (CEE Page 64)
Cette narration vise à accréditer l’idée que les juifs et les chrétiens auraient falsifié leurs écritures et que l’Islam viendrait corriger les Canons juif et chrétien pour constituer la « vraie religion » (CEE 64)
Souvent, en provoquant des discussions croisées et interactives avec des musulmans, des juifs et de des Chrétiens sur les réseaux sociaux, j’observe fréquemment mes interlocuteurs musulmans affirmer en toute naïveté que l’Islam est venu « corriger » les deux autres monothéismes.
En tant que catholique non pratiquant, j’ai toujours été surpris par cette représentation.
Jamais en en effet, je n’ai entendu un catéchète comparer le christianisme au judaïsme ou à l’Islam et encore moins affirmer que le christianisme était la vraie religion.
Aujourd’hui, il est surprenant de constater ce type d’affirmations de la part de musulmans mais encore plus la présence de ce dogme qui confine à l’intolérance religieuse dans un livre pour les enfants musulmans, et ce, sans aucune contextualisation.
Le verset 6 de la sourate 98 du texte coranique est également reproduit dans ce livre pour enfant :
« En vérité, les infidèles parmi les gens des Ecritures (juifs et chrétiens qui ne se sont pas soumis à Mahommed) ainsi que les idolâtres seront voués au feu de la Géhenne où ils vivront éternellement ; Ce sont les pires de toutes les créatures. » (CEE page 63)
Selon cette sourate que ce livre expose à de jeunes enfants, que ceux qui ne se soumettraient pas au message de Mohammed, seraient « voués au feu de la Géhenne. »
À aucun moment ce verset n’est conceptualisé et son caractère conjoncturel affirmé.
L’exposition de jeunes enfants à ce type de contenu pose notamment la question de l’image qu’ils peuvent se faire notamment des français athées.
Certains répondront que ces versets du Coran peuvent être admissibles s’ils sont contextualisés. Cependant, je le répète ce n’est pas le cas.
On trouve également dans cette littérature enfantine nombre de superstitions présentées comme des réalités à admettre.
« Quand on se frotte les dents on se purifie la bouche et on obtient en même temps la purification du Seigneur » (40Hs Page 39)
« Quand l’un de vous voit en rêve ce qu’il n’aime pas, qu’il postillonne trois fois à sa gauche et qu’il invoque trois fois la protection de Dieu contre le Diable. Et qu’il tourne sa tête de l’autre côté pour dormir. » (40Hs Page 43)
« Lorsque le serviteur musulman – croyant – accomplit les ablutions : Quand il se lave le visage, il voit partir avec l’eau les péchés qu’il a commis en regardant les choses interdites. Lorsqu’il se lave les mains il voit partir avec l’eau les péchés qu’il a commis par ses mains. Lorsqu’il se lave les pieds, il voit partir avec l’eau les péchés qu’il a commis jusqu’à ce qu’il en sorte propre de tout péchés. » (40Hs Page 53)
« Dieu le très-haut a dit : « Lorsque j’éprouve Mon serviteur en lui ôtant les deux choses qu’il chérit (les yeux) et qu’il se montre patient, Je lui compenserai (cette perte) par le Paradis. » (40Hs Page11)
Ces passages sont des exemples de transmissions de superstitions et contribuent à entretenir un type de pensée archaïque.
Ce type de littérature, outre le fait qu’elle peut induire une forme d’intolérance ou de sentiment de supériorité vis-à-vis des non-musulmans, participe surtout à l’incorporation de systèmes de pensée fondés sur des croyances qui de fait limitent la capacité de l’enfant musulman devenu adulte de pratiquer l’examen critique de ses propres croyances.
Il conviendrait également d’étudier les phénomènes de dissonance cognitive induits par la difficile cohabitation entre le résultat d’un raisonnement faisant appel à la logique et à la rationalité, et la subsistance de superstitions et de dogmes auxquels l’individu aura été exposé durant l’enfance et auxquels il sera affectivement attaché.
Aujourd’hui, les postulats ci-dessus ainsi que le dogme d’un Coran incréé, continuent à être enseignés pour maintenir dans l’esprit l’idée d’une suprématie de l’Islam sur le christianisme et le judaïsme.
Doit-on accepter cet état des choses ?
[i] « Le Coran expliqué aux enfants » (Editions Tawhid, 6 impasse Victor Hugo 69003 Lyon)
« 40 hadiths… 40 histoires… » (Edition Orientica)
[i] https://www.bismillah-debats.net/Les-miracles-scientifiques-du,320.html